Pour son art restaurant, l’artiste Med Hajlani s’est fait plaisir. Il a réalisé une œuvre unique, excentrique et fascinante. Le ZIWANA est une invitation à la féerie.

<<Ne me demandez pas ce que j’ai voulu faire, je ne pourrais l’expliquer. C’est mon imaginaire qui s’est exprimé. Je n’ai pas suivi de modèle, j’ai simplement eu une vision…>> Med Hajlani est un artiste et ses propos en témoignent. Devant la construction insensée, surréaliste, excentrique qu’il vient d’achever, il est comme un peintre devant son œuvre. Seule l’émotion du spectateur doit parler. Et ici, difficile de dire un mot, tant on est sous le choc. Car rien ne laisse présager un tel décor lorsque l’on pénètre à l’intérieur de ce Riad, situé à trois minutes de la place Jemàa el-fna. << Au départ, j’ai voulu réhabiliter le lieu comme il était du temps des Saadiens, avec de grands volumes, de larges pièces pour recevoir.
L’endroit avait appartenu à Ouanina, un Caïd qui avait gouverné jusqu’au fin fond du Sahara.>>
Dix ans de travaux seront nécessaires pour mener à bien ce projet.
Mais, au début de l’an 2000. Changement de direction : Med Hajlani décide de faire de son lieu un restaurant. << Pour être précis, un art restaurant. Un espace ou l’on pourra dîner et aussi écouter des concerts, voir des spectacles de danse. Pour la peinture, c’est peut-être plus difficile à mettre en valeur…>> et pour cause : le seigneur Saadien croirait a une hallucination s’il devait revenir chez lui car, emporté par son élan créatif, Med c’est, comme ont dit, <<lâché>>. Si l’on reconnaît la disposition traditionnelle du Riad, un bassin encadré de salon, des toits terrasses qui dominent la médina, le traitement en est révolutionnaire : les colonnes,les arches, les coupoles,les sols,tout a été dessiné avec une fantaisie totale. C’est la demeure d’Iznogoud revue par Hollywood, le palais de Shéhérazade et du capitaine Nemo, Alice au pays des merveilles qui aurait abusé du narghilé… stimulé par la nouvelle vocation de son Raid,l’artiste n’a pu résister à la tentation d’en faire une œuvre d’art à part entière.
Cela fait déjà prés de vingt ans que Med Hajlani peint, sculpte, dessine des meubles. A paris dans les années 90, il lançait l’ethno design, des créations en fer forgé, chaises aux pieds griffus et appliques en forme de tortue. A mi-chemin de la décoration et de la sculpture. Il exposa à l’institut du monde arabe et l’on pouvait trouver ses pièces chez cour intérieure. Aujourd’hui, il n’a plus besoin de galerie pour présenter son travail : Son restaurant fait aussi office de show-room. Il y a absolument tout dessiné. Outre l’architecture intérieure, il a signé le mobilier et les luminaires. On retrouve le fer forgé, les courbes et les pointes, l’univers <<barbare>> de ses débuts. Un style qui pourrait être dérangeant s’il n’était adouci par les couleurs, l’humour et les clins d’œil à l’enfance. Exemple avec cette fontaine qui semble être en pâte à modeler ou les curieuses gargouilles qui ressemblent à des personnages de dessins animés. << Je veux qu’on se sente bien ici. C’est un endroit qui doit exalter les cinq sens. Plus un sixième : celui de la féerie…>>pari gagné. Au dessus du bassin, des caractères arabes courent comme une frise, c’est un poème qui chante l’amour. Les lustres ressemblent à des vaisseaux spatiaux, d’autre flirtent avec la chine impériale façon troisième millénaire. Sur les terrasses foisonnent les mosaïques de marbres, les colonnes zébrées, les trophées futuristes. Les dômes des coupoles sont percés de hublots bariolés…
On pense aux constructions de Gaudi et du facteur cheval. Med Hajlani réfute : <<je n’ai pas de maître.>>et ne se reconnaît qu’une filiation : <<j’ai baptisé mon restaurant Ziwana. C’était le prénom de ma grand-mère. J’avais envie de lui rendre hommage.>> Ziwana ou le rêve insensé d’un enfant épris d’absolu.

Copyright DM Magazine  Eric Jansen.